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Catalogue Budapest

Exposition "Budapest 90", Un Regard, Une Epoque

Mars 2013 - Tours, Maison de l'Europe 

Juin 2012 - Budapest, Institut Français 

Mars 2012 - Paris, Institut Hongrois

Exposition "Budapest 90" 2012-03-08

Philippe Gras se rend en Hongrie au printemps 1990 en qualité de photographe du Festival d’Automne à Paris, dont le directeur général, Michel Guy, avait prévu dès 1988 d’offrir cette année-là un hommage spécial à la musique hongroise. Voyageant en compagnie d’une responsable du Festival, Philippe a pour tâche de photographier les compositeurs et les artistes sélectionnés pour se produire quelques mois plus tard à Paris.
C’est pour lui une découverte. Sa carrière de photographe professionnel s’étend déjà sur plus de vingt-cinq ans. Il a, bien entendu, voyagé en Europe et au-delà au gré de sa curiosité et des Festivals de jazz et de musiques nouvelles, savantes ou populaires, dont il s’est fait une spécialité. Il a ramené d’un séjour en 1983 au Vietnam et au Cambodge un livre de photographies sur Angkor, site alors difficile d’accès. Il s’est rendu en 1989 pour le Festival d’automne au Bhoutan, pays encore très peu pénétré, et y a capté des images d’une qualité ethnographique et artistique exceptionnelles. Et c’est d’un œil neuf qu’il aborde la Hongrie de 1990.
Le pays est à un tournant de son histoire. L’été précédent, le gouvernement communiste hongrois a ouvert le rideau de fer qui court le long de sa frontière avec l’Autriche. Cette première brèche annonce la chute, le 9 novembre, du mur de Berlin. Mais dès octobre, le Parti au pouvoir a choisi de se dissoudre, et une nouvelle Constitution a été adoptée. Elle instaure le multipartisme. Des élections libres ont lieu au printemps 1990. Elles portent au gouvernement une coalition formée d’opposants sans concession au système communiste.
Cette transition se fait pour l’essentiel sans heurts. Mais la Hongrie flotte encore entre deux époques. Les nouveaux dirigeants n’ont pas d’expérience gouvernementale. Kádár, évincé en 1988 après plus de trente ans de règne, a laissé le pays lourdement endetté. La fin de l’économie administrée et de la propriété collective provoque, comme partout ailleurs dans l’ancien bloc communiste, la baisse de la production nationale et la régression du niveau de vie. L’ambiance n’est donc pas à la fête dans les rues de Budapest. La démocratie ne remplit pas les ventres. Les vêtements sont pauvres, la ville est grise. L’atmosphère y reste celle de «l’Europe de l’est». Et pourtant l’on y perçoit comme par éclairs les signes du changement.
C’est ce monde à la fois proche et lointain que Philippe Gras ramène à notre mémoire, au fil de ses promenades à la découverte de la capitale hongroise. Car il ne s’est pas contenté de remplir son contrat avec le Festival d’automne. Comme il l’a toujours fait dans ses déplacements, il photographie pour son plaisir les gens à toutes heures du jour et de la nuit, mais encore les maisons, les ponts, les tunnels... Ces photographies jamais publiées ont été retrouvées dans les archives de Philippe après sa mort brutale en 2007. Elles nous permettent de revoir Budapest à un moment très précis de son histoire, mais aussi dans la dimension intemporelle que lui donnent la majesté de son fleuve, le constraste de ses deux rives, et le génie de ses grands architectes, ingénieurs et urbanistes.
François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Hongrie